[Union Antifasciste Toulousaine] Mohamed Merah : victoire de la haine

Voici le communiqué de l’Union Antifasciste Toulousaine suite aux meurtres de militaires et au massacre antisémite de Toulouse.

Le 11 mars 2012 à Toulouse, le jeune Mohamed Merah, nouveau djihadiste, tue un militaire français par balle.
Le 15 mars 2012 à Montauban, Mohamed Merah tue 3 militaires français par balle.
Le 19 mars 2012 à Toulouse, Mohamed Merah tue 4 juifs par balle devant leur école juive.

S’en suit la panique, la peur, la paranoïa, le plan Vigipirate niveau écarlate, puis les minutes de silences, les manoeuvres politiques, les scandales. À une période, il était question de suspecter des néo-nazis de l’armée française. Et finalement, voilà qu’il n’y a plus de doute, au fascisme « vieille école » s’est substitué un fascisme religieux islamiste. Mohamed Merah tue car il est en guerre (sainte). Nous savons bien que le fascisme possède plusieurs visages. Et qu’il se cache là où on ne l’attend pas. Nous nous passerons de minutes de silence, et laisserons le deuil et la souffrance aux familles et proches des victimes. Ce que nous retiendrons, c’est le battage médiatique qui enroba l’affaire Merah. Nous entendrons toute une flopée d’experts en tout genre. Psychologues, journalistes, proches, qui tenteront une approche quasi psychanalytique de l’affaire. La vie de Mohamed Merah est exposée. Misère, quartier nord de Toulouse, quartier sud… On apprendra qu’il en a bavé. Qu’il était mégalo mais réservé. Poli mais violent. On apprendra qu’il a fait de la prison et que son frère était islamiste. Situation familiale difficile. Petits délits. Plus qu’un profil type, une caricature. Ce qui nous frappe dans cette somme d’informations vulgairement vomie par les médias, c’est la malheureuse banalité de ce parcours, dommage collatéral du néo-colonialisme et du capitalisme « à la française ».

Ce à quoi une droite plus ou moins dure rétorquera un traditionnel : « pas d’excuse pour les assassins » satisfaisant ainsi un désir primaire de haine et de punition, pour surfer sur « l’effet fait divers », pour encore rajouter au climat de peur, et faire d’un triste évènement une généralité. Enfin, les candidat-e-s à l’élection présidentielle en profiteront pour tenter de transformer l’affaire en sources de bulletins.
Tout un chacun aura son analyse. Les plus réactionnaires diront que Mohamed Merah aurait dû être pendu depuis longtemps, les moins réactionnaires diront que l’on aurait dû l’ « aider en prison » (ce fantasme humaniste pro carcéral). Aucune de ces considérations ne nous semblent pertinentes car elles ne se posent pas les bonnes questions. Il nous semble prioritaire d’analyser les phénomènes sociaux qui mènent au fascisme pour mieux les combattre et les détruire.

Bien évidemment, peu de gens se risqueront à prendre en considération et surtout remettre en question les lourds paramètres sociaux ayant influencé ce « jeune de cité HLM » dans son parcours si commun. Certes tout expliquer par le déterminisme social serait de la malhonnêteté intellectuelle. Mais dans une société répressive qui fonctionne sur l’idée qu’une minorité de possédants doit exploiter une majorité de pauvres, les perspectives d’avenir sont vite bouchées. Et les réponses à ce constat parfois inappropriées.
Comme toutes les idéologies d’extrême droite, l’islamisme radical et le djihadisme naissent d’une crise, sociale et psychologique. Par l’attrait de l’absolu et de l’exclusion, ces idéaux détournent une classe populaire de sa lutte contre l’oppression capitaliste en la transformant en haine religieuse et rejet de l’autre.
C’est ce phénomène et cet état de fait que nous déplorons et qu’il nous semble important de combattre. Mohamed Merah, extrémiste religieux, est mort en martyr djihadiste. Sous produit de la société française, il aura tué et sera mort pour une cause fasciste. Et son histoire fera la joie des autres formes de fascisme. Le traitement médiatique de l’affaire Merah fait le jeu du pouvoir et de l’extrême droite. Ses répercussions sur la vie politique toulousaine sont importantes, et ne font que commencer. Cette affaire est bien évidemment du pain béni pour l’extrême droite. Ce fait divers sert encore de prétexte pour faire des amalgames honteux, que nous condamnons : immigration, insécurité, islamisation, tels sont les thèmes qui reviendront avec ferveur et populisme dans la bouches des extrémistes de droite. Pour exemple : La Ligue de Défense Juive (LDJ), groupuscule sioniste violent proche du front national, monte une section toulousaine et appelle tous les juifs de Toulouse à les rejoindre. L’affaire Merah aura permis cette implantation de l’extrême droite dans notre ville. Nous nous opposons à sa création. L’extrême droite locale s’en voit renforcée en nous servant les habituels discours sécuritaires et identitaires, prônant le repli sur soi, la préférence ethnique et le racisme. L’Etat en profitera aussi pour justifier une nouvelle vague de répression et de sécuritaire Cette affaire aura bien servi la droite radicale. Il est grand temps de nous détacher de toute idéologie d’exclusion quelle qu’elle soit, de dépasser les clivages racistes qui opposent les exploité-e-s et les embourbent dans des luttes fratricides. Aucune forme d’extrémisme religieux ou de fascisme traditionnel n’est une alternative à la société capitaliste qui nous oppresse, bien au contraire. Il nous faut lutter ensemble contre l’état fasciste et ses excroissances radicales dans la rue.

Face à la stigmatisation des immigrés et fils et filles d’immigrés après l’affaire Merah,’ lUAT rappelle ses positions antiracistes, antifascistes, antisexistes et anticapitalistes antisioniste. Nous rejetons en bloc le fascisme, qu’il soit djihadiste ou nazi, ainsi que la répression étatique. Comme beaucoup le jeune Merah se sera trompé de combat. Nous ne cesserons de combattre cette société de classes qui arrive à rendre si attrayant le chemin allant de la misère au fascisme.

À propos de partisans

Un groupe de l'Action Antifasciste en Ile de France

Publié le 20 avril 2012, dans Comuniqué, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur [Union Antifasciste Toulousaine] Mohamed Merah : victoire de la haine.

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